
Lyonnaise, née en 1989, ma famille a ce petit je-ne-sais-quoi d’original, partagée entre une lignée de vrais commerçants de génération en génération et quelques outsiders plutôt artistes et très créatifs. Une sorte de « bipolarité » professionnelle qui va m’accompagner dans mon parcours depuis bientôt 15 ans et qui me permet aujourd’hui de vous accompagner à mon tour.
Ma licence de commerce en poche, j’intègre la société familiale en 2010 dans le but de succéder un jour à mon père, ce qui sera le cas en 2018.
La société Arrivetz. Ce nom raisonne en moi depuis ma naissance. J’ai grandi littéralement au milieu des plus grands courants du mobilier de ce siècle ; le Bauhaus des années 30, le modernisme américain des années 50 mais aussi l’apogée du design italien, les années 80 avec Ettore Sottsass, puis pour finir les acteurs les plus récents et les plus prestigieux du design comme Philippe Starck, Norman Foster ou encore Ron Arad pour ne citer qu’eux.
J’ai eu cette chance de grandir au milieu du beau. Et je mesure aujourd’hui cette chance de ne pas avoir eu besoin de me former au design à proprement parler, mais d’avoir évoluer toute mon enfance en son sein, comme si c’était parfaitement naturel pour moi. Depuis toute petite je suis fascinée par les couleurs, l’harmonie qu’elles créent quand on les assemble, le toucher des matières grâce au mobilier que je frôlais de mes petites mains d’enfant en arpentant les allées du magasin familial. Mais pas seulement !
Comme en écho au mobilier, je m’intéressais dès mon adolescence à la mode, à la haute couture, aux grands couturiers, aux tissus, au choix des vêtements, des couleurs, ce qui m’allait, ce qui ne m’allait pas. J’affutais mon œil déjà aiguisé en aidant mon entourage dans certains choix de tenues car j’arrivais déjà à voir ce qui leur convenait quand eux ne le voyaient pas.
Ces quinze années d’entreprenariat ne se sont pas faites dans la facilité. Être lancée dans l’arène à 21 ans quand on est la fille de, ce n’est pas une mince affaire et beaucoup de monde m’attendait au tournant. Et le premier à m’attendre c’était mon père. Pas question de passe-droits, j’allais devoir travailler deux fois plus que tous les autres.
Ce n’est pas tout d’avoir un goût affuté et le sens du commerce, il a fallu apprendre. Apprendre le nom de tous les produits, leur histoire, leur designer, connaître les matériaux, les finitions, leurs prix, et mon père ne se privait pas pour m’interroger encore et encore.
Je pars de zéro. Pas de fichiers clients, son réseau m’est hors de portée, je vais devoir me débrouiller seule. Mais ça ne me fait pas peur car j’ai toujours été dégourdie. Mon goût personnel me porte dès le départ vers le mobilier de bureau à destination des professionnels. C’est décidé, l’aménagement des espaces de travail sera ma voie et c’est ce qui me porte encore aujourd’hui.
J’enchaîne les formations chez les fournisseurs, je prospecte par téléphone, par mail et je fais également du porte à porte sur les chantiers. J’ai aujourd’hui cette satisfaction de me dire que je me suis faite seule. Certes avec un socle solide sous mes pieds, mais que j’ai su développer, faire prospérer et rayonner pendant ces quinze années.
Mon savoir-faire aujourd’hui c’est de donner vie à un lieu, en capter son essence, son identité et les valeurs qu’il porte. Chaque projet est différent. Avec certains je pars d’une page blanche avec tout à écrire, à penser, et avec d’autres je dois composer avec le passé, le mobilier existant, les habitudes des salariés et l’histoire de l’entreprise que j’accompagne.
Je crois en la possibilité de créer du beau, quel que soit le budget dont dispose mes clients. Choisir du mobilier c’est comme choisir une tenue, rien n’est laissé au hasard. Les couleurs, les matières, mais aussi le message qu’il véhicule ; le client devient l’acteur de son propre espace. Il me confie les clés de son espace de travail, celui où il va passer finalement la plus grande majorité de son temps, où il doit se sentir parfaitement bien et qui doit lui ressembler.
Quand un projet démarre, qu’on élabore le cahier des charges avec le client, au fur et à mesure des données qu’on me transmet, mon cerveau se met en route, l’immense bibliothèque de mobilier qui trône dans ma tête s’ouvre devant moi. Je vois déjà en pensées ce que je vais pouvoir proposer, je projette dans ma tête les espaces, la combinaison des différents meubles et ce que cela va rendre. Les scénographies prennent vie dans mon imagination, je puise dans toutes mes ressources, tout ce que j’ai pu voir lors de mes différents déplacements comme notamment le Salon de Milan. Le beau, les belles choses jaillissent dans mon esprit et me permettent d’imaginer très rapidement le futur espace de travail qu’on me demande de concevoir.